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Minières d'or halal : Barrick, Newmont, Wheaton — ce qu'on peut détenir

30 min de lecture·

En bref : l'or physique est licite, mais l'action d'une société qui l'extrait est une entreprise comme une autre : elle doit passer les filtres sectoriels et financiers (dette portant intérêt, liquidités placées à intérêt, revenus accessoires) et aucune grande minière cotée ne dispose d'une certification charia. Les sociétés de royalties et de streaming, souvent présentées comme plus « propres », posent leurs propres questions — le principal acteur du segment ressort non conforme sur un screener AAOIFI. Les minières offrent un levier sur le prix de l'or, à la hausse comme à la baisse, au prix d'une analyse à refaire à chaque bilan. Pour la très grande majorité des investisseurs, l'ETC or physique alloué et ségrégué reste la voie la plus simple et la plus transparente ; les minières se conçoivent en complément, en compte-titres, pour qui accepte le travail de vérification.

L'or physique est halal, c'est acquis. Mais la question qui revient régulièrement en cabinet, surtout depuis que le cours de l'or a franchi des sommets historiques en 2024-2025, c'est une autre : peut-on investir dans les entreprises qui extraient cet or ? Barrick Gold, Newmont, Agnico Eagle — ces noms circulent beaucoup dans les discussions. Et les royalties sur l'or (Franco-Nevada, Wheaton Precious Metals, Royal Gold) sont souvent présentées comme une alternative plus « propre ». La réalité est plus nuancée.

Cet article vous donne les outils pour analyser n'importe quelle valeur aurifère sous l'angle islamique — et notre lecture sur les titres les plus cités.

Il pose d'abord la distinction entre détenir de l'or et détenir une entreprise, détaille les quatre critères d'analyse et les seuils des principaux référentiels, aborde l'angle mort de la sécurité des sites que ces filtres ne voient pas, examine le cas particulier des royalties, montre comment faire l'analyse soi-même en quelques minutes avec un exemple, puis traite l'effet de levier, la fiscalité en compte-titres et la question d'un éventuel ETF de minières conforme.

Détenir de l'or ou détenir une entreprise qui extrait de l'or : quelle différence ?

C'est la distinction fondamentale que beaucoup ratent. Acheter un ETC or physique alloué, c'est être propriétaire (en fraction) de métal précieux stocké dans un coffre. La valeur monte quand le prix de l'or monte, baisse quand il baisse. Il n'y a pas d'entreprise, pas de dette, pas de salariés, pas d'accidents de mine.

Acheter une action Barrick Gold, c'est autre chose. Vous achetez une part d'une entreprise cotée qui emploie des dizaines de milliers de personnes, possède des mines sur trois continents, a des filiales variées, une trésorerie investie, une dette significative, et des activités annexes allant du cuivre au lithium. La licéité de l'or n'implique pas automatiquement la licéité de l'entreprise qui l'extrait.

C'est le même raisonnement qui s'applique partout en finance islamique : l'actif sous-jacent peut être licite, mais la structure financière de l'entreprise qui le produit doit être analysée séparément.

Comment analyser une minière sous l'angle islamique ? Les 4 critères

1. L'activité principale est-elle licite ?

L'extraction d'or, d'argent, de cuivre ou de lithium est une activité licite — ce sont des ressources naturelles sans rapport avec les secteurs exclus (alcool, jeux, finance conventionnelle, tabac, armes offensives). La première barrière est donc généralement franchie sans problème pour les grands noms du secteur.

La nuance : beaucoup de grandes minières sont diversifiées. Barrick Gold est aujourd'hui autant un producteur de cuivre qu'un producteur d'or — son plan 2026 prévoit de doubler sa production de cuivre d'ici 2029. Newmont produit aussi de l'argent, du zinc, du plomb. Ce n'est pas problématique en soi — le cuivre et le zinc sont des métaux industriels licites. Ce qui le serait : une filiale de sécurité privée utilisant des armements, ou des revenus significatifs tirés de secteurs exclus.

2. Le ratio d'endettement (le critère discriminant)

C'est là que les minières opérationnelles posent le plus de problèmes. L'extraction minière est capitalistique par nature — elle nécessite des investissements massifs en équipements, en exploration, en infrastructure. Ces investissements sont généralement financés par de la dette bancaire à intérêt.

Selon la méthodologie AAOIFI (la référence la plus stricte), la dette conventionnelle portant intérêt ne doit pas dépasser 30 % des actifs totaux. Newmont affichait un ratio dette nette / actifs totaux d'environ 10-15 % en 2024-2025, ce qui le positionne favorablement sur ce seul critère. Barrick présente historiquement un profil similaire avec une position de trésorerie nette positive en 2025 — environ 4,1 milliards de dollars de liquidités au T1 2025.

Mais le ratio d'endettement seul ne suffit pas. Il faut aussi vérifier les créances commerciales (< 70 % des actifs) et les liquidités placées à intérêt (< 30 % des actifs). Ces données changent trimestriellement et nécessitent un suivi actif — c'est un travail qui prend du temps pour chaque titre individuellement.

Correction par rapport à la version précédente de cet article :

L'article original mentionnait le seuil AAOIFI à 33 % — c'est le seuil MSCI et S&P (calculé sur la capitalisation boursière). AAOIFI applique un seuil de 30 % calculé sur les actifs totaux, ce qui est plus conservateur et donne des résultats différents selon la valorisation boursière du moment. Pour un investisseur qui veut appliquer le standard AAOIFI, c'est le chiffre 30 % sur actifs totaux qui s'applique — pas 33 % sur capitalisation.

Précision documentaire (vérification du 6 septembre 2026) : les dénominateurs varient selon les textes de référence, et les screeners commerciaux ne les appliquent pas tous de la même façon. Le texte de la norme charia AAOIFI n° 21 exprime son seuil de 30 % en pourcentage de la capitalisation boursière de la société ; la méthodologie MSCI Islamic (hors série « M ») rapporte ses seuils de 33,33 % au total des actifs, tandis que S&P Shariah rapporte 33 % à la capitalisation moyenne sur 36 mois. Un titre peut donc être conforme sous un référentiel et exclu sous un autre. Sources : FaithScreener — AAOIFI Standard 21 explained (texte de la norme cité) ; MSCI — Islamic Index Series Methodology (mai 2025) ; Halal Terminal — Shariah screening standards compared. Quel que soit le dénominateur retenu, appliquez-le de façon cohérente d'un titre à l'autre, et indiquez-le si vous comparez vos résultats à ceux d'un screener.

3. Les revenus accessoires

Les minières peuvent générer des revenus accessoires qui posent problème : intérêts sur trésorerie placée, revenus de filiales financières, gains sur instruments de couverture (hedging) qui peuvent être assimilés à des dérivés spéculatifs. Ces revenus doivent rester sous 5 % du chiffre d'affaires total pour qu'un titre reste conforme selon la méthodologie AAOIFI.

Le hedging mérite une attention particulière. Certaines minières couvrent leur production future via des contrats à terme sur l'or — une pratique qui peut contrevenir à l'interdiction du gharar selon certains scholars. D'autres s'en abstiennent volontairement. Barrick a progressivement dénoué ses positions de couverture dans les années 2000 précisément pour cette raison (et aussi pour mieux exposer ses actionnaires au prix de l'or), ce qui en fait un profil potentiellement plus favorable sur ce critère.

4. La certification shariah

Aucune grande minière cotée — Barrick, Newmont, Agnico Eagle, Kinross — ne dispose d'une certification shariah indépendante. Cela signifie que vous devez faire ce travail d'analyse vous-même (ou via un screener islamique comme Musaffa, Zoya, ou MSCI ESG Shariah) et le renouveler à chaque publication de résultats trimestriels, puisque les ratios financiers évoluent.

Sécurité privée et forces de l'ordre sur les sites miniers : l'angle mort des filtres charia

Un point revient dans nos échanges dès qu'un client s'intéresse aux minières, et qu'aucun screener ne traite : comment ces sociétés sécurisent-elles leurs sites ? Une mine d'or en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Tanzanie ou dans les Andes est un périmètre gardé — par des salariés, par des prestataires de sécurité privée parfois armés, ou par la police et l'armée du pays hôte rémunérées et équipées par l'exploitant. Le critère d'activité licite vu plus haut exclut les fabricants d'armes ; il ne dit rien d'une entreprise qui achète des services de sécurité armée. Deux affaires documentées, concernant le même groupe, montrent ce que cela peut recouvrir.

Porgera (Papouasie-Nouvelle-Guinée), 2011. Dans un rapport de 94 pages publié le 1ᵉʳ février 2011, Human Rights Watch a documenté des viols collectifs et des violences commis par des membres de la force de sécurité privée de la Porgera Joint Venture — environ 450 personnes, employées par la coentreprise détenue à 95 % par Barrick Gold — contre des femmes arrêtées pour orpaillage illégal sur les terrils de la mine. HRW relève des défaillances systémiques qui ont empêché la société de percevoir le risque et de répondre aux allégations, tout en notant que Barrick a ensuite réagi « avec la vigueur appropriée » : enquête interne, saisine de la police, licenciements ; trois employés ou anciens employés ont été arrêtés en janvier 2011.

Sources : Human Rights Watch — « Papua New Guinea: Serious Abuses at Barrick Gold Mine » (1ᵉʳ février 2011) ; rapport « Gold's Costly Dividend ».

North Mara (Tanzanie), 2013-2024. Ici, la sécurité n'était pas privée mais publique : la mine avait conclu avec la police tanzanienne un protocole d'accord aux termes duquel elle la rémunérait, la logeait et l'équipait. Le 30 juillet 2013, le cabinet Leigh Day a saisi la High Court de Londres au nom de villageois alléguant que cette police, « partie intégrante de la sécurité de la mine », avait tiré à balles réelles sur des riverains ; les sociétés ont contesté les faits et un accord amiable a été conclu en février 2015. Une seconde action, portée par quatorze plaignants pour des décès et blessures survenus entre 2014 et septembre 2019, s'est conclue le 28 mars 2024 par un nouvel accord amiable devant la même juridiction, sans reconnaissance de responsabilité de Barrick TZ Limited (ex-Acacia Mining) ni de North Mara Gold Mine Limited. L'ONG RAID, qui suit le site depuis des années, dénombre pour sa part au moins 77 morts et 304 blessés imputables aux forces de sécurité de la mine depuis 2006 — un décompte d'ONG, que nous rapportons comme tel.

Sources : Business & Human Rights Resource Centre — African Barrick Gold lawsuit (re Tanzania) ; RAID — Barrick subsidiaries settle UK legal claims (28 mars 2024).

Pourquoi les filtres charia ne voient-ils rien de tout cela ? Parce qu'ils raisonnent en revenus. La méthodologie MSCI Islamic, par exemple, exclut les sociétés « directement actives dans, ou tirant plus de 5 % de leurs revenus » d'activités prohibées, et définit la catégorie armement comme les « fabricants d'équipements, pièces ou produits militaires, aérospatiaux et de défense » ; la norme AAOIFI n° 21 suit la même logique de seuils de revenus. Une minière qui paie une société de sécurité armée, ou qui finance la police locale, enregistre une charge, pas un revenu : l'opération est invisible pour le filtre. Un verdict « conforme » sur un screener ne dit donc rien de la façon dont l'entreprise garde ses sites.

Source : MSCI — Islamic Index Series Methodology (octobre 2024), section 2.1 Business Activity Screening.

SituationVu par les filtres sectoriels (AAOIFI, MSCI, S&P) ?Où le vérifier
Fabrication ou vente d'armes (revenus)Oui — seuil de 5 % des revenusScreeners (Musaffa, Zoya), rapport annuel
Achat de services de sécurité privée armée (charge)Non — aucun revenu prohibéRapport de durabilité, rapport annuel aux Voluntary Principles
Financement de forces publiques (police, armée) sur siteNonProtocoles d'accord publiés, rapports d'ONG, contentieux
Abus documentés par les forces de sécurité du siteNonBusiness & Human Rights Resource Centre, HRW, RAID, décisions de justice

Comment vérifier, concrètement ? Le cadre de référence du secteur est celui des Voluntary Principles on Security and Human Rights, adoptés en 2000 à l'initiative des gouvernements britannique et américain, de compagnies pétrolières et minières et d'ONG. Le texte admet le recours à la sécurité privée « lorsque les gouvernements hôtes ne peuvent ou ne veulent pas assurer une sécurité adéquate », mais pose des conditions précises : ne pas employer de personnes « de façon crédible impliquées dans des violations des droits humains », n'user de la force « que lorsque c'est strictement nécessaire et de façon proportionnée à la menace », enregistrer et faire enquêter toute allégation, et inscrire ces principes dans les contrats avec les prestataires, avec faculté de résiliation en cas de comportement abusif. Les sociétés participantes publient un rapport annuel sur leur mise en œuvre. Trois vérifications tiennent en une demi-heure : la société figure-t-elle parmi les participants ; son rapport de durabilité comporte-t-il une section « sécurité et droits humains » chiffrée (incidents, recours à la force, formation des prestataires) ; et la fiche de l'entreprise sur le Business & Human Rights Resource Centre recense-t-elle des contentieux en cours.

Sources : Voluntary Principles on Security and Human Rights — texte intégral, partie III « Interactions Between Companies and Private Security » (principes 6, 7 et 10) ; site officiel de l'initiative.

Notre lecture, dite clairement : ce n'est pas un critère de fiqh formalisé dans les normes AAOIFI, et nous ne prétendons pas en faire un. C'est une question de cohérence de la démarche — un investisseur qui écarte l'armement au nom de ses principes peut légitimement vouloir savoir si l'entreprise qu'il finance arme des gardes ou paie la police locale pour tenir un périmètre. En cabinet, une minière dont les forces de sécurité sont impliquées dans des abus documentés et non remédiés, ou qui ne publie rien sur ses pratiques de sécurité, n'entre pas dans nos propositions, au titre de cette cohérence et non d'une règle religieuse que nous n'avons pas autorité pour édicter. Et il faut le reconnaître : pour beaucoup de sociétés de taille moyenne, l'information n'existe tout simplement pas — ce qui renvoie à la règle des deux heures ci-dessous, et à l'ETC or physique alloué comme voie simple.

Les royalties et le streaming : une alternative plus propre ?

Les sociétés de royalties et de streaming (Franco-Nevada, Wheaton Precious Metals, Royal Gold) sont souvent présentées comme une forme plus "légère" d'exposition à l'or — sans les risques opérationnels des mines. Le modèle est le suivant : elles financent des mines en échange du droit d'acheter une fraction de la production future à un prix fixe prédéterminé. Elles ne gèrent pas de mines, n'ont pas de mineurs, et génèrent des marges très élevées.

Sur le papier, ce modèle semble plus compatible avec la finance islamique — actif sous-jacent réel (or), faible dette, activité de financement. En pratique, la réalité est plus compliquée.

Ce que le screening révèle sur Wheaton Precious Metals

Selon Musaffa (screening basé sur la méthodologie AAOIFI, mis à jour au T2 2025), Wheaton Precious Metals est classé non halal et non conforme à la charia. La raison précise n'est pas publique sans abonnement, mais les candidats habituels sont les ratios de liquidités placées à intérêt, les créances commerciales, ou les caractéristiques contractuelles des accords de streaming qui peuvent s'apparenter à des ventes à terme non conformes. Franco-Nevada et Royal Gold n'ont pas été vérifiés dans nos sources disponibles à ce jour — à vérifier sur les plateformes de screening spécialisées avant tout investissement.

Le streaming pose en outre une question de structure contractuelle intéressante. L'accord de streaming consiste à payer aujourd'hui pour recevoir de l'or à un prix fixe demain — une forme de vente à terme différée. Certains scholars considèrent cela comme du gharar sur un actif qui n'existe pas encore (l'or n'est pas encore extrait). D'autres l'assimilent à un financement participatif licite. Nous exposons les deux lectures sans trancher.

Le tableau de synthèse

CritèreMinières opérationnellesSociétés de royalties & streamingETC Or Physique
Levier sur l'orÉlevéMoyenNul (Corrélation directe)
Dette portant intérêtVariable (souvent > 20 %)Très faible (souvent < 5 %)Nulle
Risque opérationnelTrès élevé (social, environnemental)FaibleNul
Complexité d'analyseÉlevée (bilan trimestriel)Moyenne (structure contrat)Nulle (certifié Sharia)
Conformité AAOIFIAu cas par cas (ex: Barrick non-certifié)Problématique (ex: WPM non conforme*)Conforme (ETC alloué physique)

* Wheaton Precious Metals classé non conforme AAOIFI (Musaffa, T2 2025). Franco-Nevada et Royal Gold : à vérifier individuellement.

Comment faire l'analyse soi-même en cinq minutes : la fiche pratique

Les quatre critères ci-dessus se vérifient avec quatre chiffres du dernier bilan consolidé, disponibles dans le rapport annuel (rubriques « bilan » et « compte de résultat ») ou sur une plateforme financière : le total des actifs, la dette financière portant intérêt (emprunts bancaires et obligations, court et long terme), les liquidités et placements rémunérés, et les produits financiers d'intérêt. Pour le dénominateur en capitalisation boursière, multipliez le nombre d'actions par le cours, ou relevez la capitalisation moyenne sur la période exigée par le référentiel choisi.

Situation type construite pour illustrer le calcul, à partir de paramètres réalistes — ce n'est pas une société réelle ni un avis sur un titre.

Donnée (minière fictive « Aurifère SA »)MontantRatioSeuil AAOIFIRésultat
Capitalisation boursière moyenne20 milliards $Dénominateur
Dette portant intérêt4 milliards $20 %< 30 %Conforme
Liquidités et placements à intérêt3 milliards $15 %< 30 %Conforme
Revenus d'intérêt et non conformes120 millions $ sur 6 milliards $ de CA2 %< 5 %Conforme, à purifier (2 % des dividendes)
Activité principaleExtraction d'or et de cuivreSecteur liciteConforme

Dans cet exemple, le titre passe les filtres — mais si le cours avait baissé de moitié, la même dette de 4 milliards représenterait 40 % d'une capitalisation tombée à 10 milliards, et le titre sortirait de l'univers AAOIFI sans que rien ait changé dans l'entreprise. C'est exactement pourquoi l'analyse doit être refaite à chaque bilan, et pourquoi le dénominateur (capitalisation ou total des actifs) change le résultat. Notre vérificateur de conformité d'un titre ou d'un ETF reprend cette grille point par point, et notre article sur la méthode de vérification de la conformité détaille où trouver chaque donnée.

L'effet de levier des minières sur le prix de l'or

Un élément important que l'article originel ne développait pas : pourquoi un investisseur choisirait-il une minière plutôt que l'or physique, malgré la complexité d'analyse supplémentaire ?

La réponse est l'effet de levier opérationnel. Une minière a des coûts fixes importants (infrastructure, salaires, énergie). Quand le prix de l'or monte de 10 %, ses marges peuvent progresser de 20 à 30 % si ses coûts restent stables. En marché haussier sur l'or, les minières surperforment significativement le métal lui-même. Barrick Gold a par exemple progressé d'environ 25 % en 2024, tandis que l'or physique gagnait environ 27 % — la corrélation est forte mais l'amplification joue dans les deux sens : en marché baissier, les minières chutent souvent davantage que le métal.

Pour un investisseur halal qui accepte le travail d'analyse supplémentaire et l'horizon long terme, cet effet de levier peut justifier l'exposition aux minières en complément — pas en substitution — d'une position en or physique ou ETC.

Quelle fiscalité pour des actions minières détenues en compte-titres ?

Les grandes minières aurifères sont cotées à Toronto, New York ou Johannesburg : elles ne sont pas éligibles au PEA (réservé aux sociétés européennes) et ne figurent dans aucun contrat d'assurance vie halal référencé en France. Elles se détiennent donc en compte-titres ordinaire, avec la fiscalité correspondante : plus-values et dividendes soumis au prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % plus 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026, soit 31,4 %, auxquels s'ajoute pour les dividendes une retenue à la source dans le pays d'origine (partiellement récupérable via les conventions fiscales). Source : UFC-Que Choisir — Hausse de la CSG : vos revenus sont-ils concernés ?. À titre de comparaison, l'ETC or alloué logé en assurance vie relève de la fiscalité de l'assurance vie (prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %, abattement après 8 ans), et l'or physique de la taxe forfaitaire ou du régime des plus-values sur biens meubles — voir notre article sur l'or comme placement halal et sa fiscalité. La zakat, elle, s'applique aux actions minières à leur valeur de marché au jour du hawl, comme à l'or lui-même.

Existe-t-il un ETF de minières aurifères halal ?

Les ETF de minières les plus connus (indices de producteurs d'or nord-américains ou mondiaux) ne sont pas filtrés selon les critères islamiques : ils incluent indistinctement des sociétés très endettées, des sociétés de streaming et parfois des positions de couverture, et ne publient aucun ratio de purification. À notre connaissance, aucun ETF de minières aurifères filtré selon un référentiel islamique n'est commercialisé en Europe à la date de rédaction — point à vérifier au moment où vous lisez ces lignes, l'offre évoluant vite. Un investisseur qui souhaite une exposition diversifiée aux minières doit donc composer lui-même un panier de titres vérifiés un par un, ce qui ramène à la règle des deux heures ci-dessous.

Notre recommandation pratique

Pour la très grande majorité des investisseurs, l'ETC or physique alloué et ségrégué reste la voie la plus simple, la plus propre, et la plus transparente. Aucun travail d'analyse halal au-delà de la vérification initiale, pas de riba dans la structure, accessibilité en assurance vie halal pour certains contrats, et corrélation directe au prix de l'or.

Les minières opérationnelles comme Barrick ou Newmont peuvent s'envisager dans un compte-titres, par des investisseurs qui souhaitent un levier sur le prix de l'or et qui sont prêts à renouveler l'analyse de conformité à chaque résultats trimestriels. Barrick présente a priori un profil plus favorable sur le ratio d'endettement (position de trésorerie nette positive en 2025), mais cela ne dispense pas d'une vérification individuelle sur l'ensemble des critères.

Les royalties et le streaming nécessitent une vigilance supplémentaire sur la structure contractuelle. Le verdict de non-conformité AAOIFI sur Wheaton Precious Metals — l'acteur le plus connu du segment — est un signal qui mérite d'être pris au sérieux, même si votre propre analyse pourrait aboutir à une conclusion différente.

La règle des 2 heures — toujours valable

Si vous devez passer plus de 2 heures à analyser la conformité d'un actif, demandez-vous si l'effort est proportionnel à l'allocation envisagée. Pour une ligne de 2 000 € en portefeuille, l'analyse rigoureuse d'une minière prend plus de temps qu'elle n'apporte de valeur ajoutée par rapport à un ETC or certifié. Pour une position de 20 000 €, l'équation change. La rigueur doit être proportionnelle à l'enjeu.

FAQ — Minières d'or et finance islamique

Investir dans une minière d'or est-il halal ?

Pas automatiquement. L'extraction d'or est une activité licite, mais l'action d'une minière est une part d'entreprise qui doit passer les filtres financiers : dette portant intérêt sous 30 % (ou 33 % selon le référentiel), liquidités placées à intérêt limitées, revenus non conformes sous 5 % du chiffre d'affaires. Aucune grande minière cotée n'est certifiée : l'analyse est à faire soi-même et à refaire à chaque bilan.

Pourquoi le seuil d'endettement diffère-t-il selon les sources ?

Parce que les référentiels n'utilisent pas le même dénominateur : la norme AAOIFI n° 21 exprime son seuil de 30 % en pourcentage de la capitalisation boursière, la méthodologie MSCI Islamic rapporte 33,33 % au total des actifs, S&P Shariah 33 % à la capitalisation moyenne sur 36 mois. Un même titre peut être conforme sous un référentiel et exclu sous un autre ; appliquez le vôtre de façon cohérente.

Les sociétés de royalties sont-elles plus conformes que les minières ?

Pas nécessairement. Leur faible endettement plaide pour elles, mais le principal acteur du segment, Wheaton Precious Metals, ressortait non conforme sur un screener appliquant la méthodologie AAOIFI au deuxième trimestre 2025, et la structure même du streaming — payer aujourd'hui de l'or à extraire demain à prix fixe — divise les savants. Vérifiez chaque société individuellement.

Existe-t-il un ETF de minières aurifères halal ?

À notre connaissance, aucun ETF de minières filtré selon un référentiel islamique n'est commercialisé en Europe à la date de rédaction ; les ETF de minières classiques incluent des sociétés endettées et des sociétés de streaming sans filtrage ni purification. Une exposition conforme passe par des titres vérifiés un par un — ou, plus simplement, par un ETC or physique alloué.

Quelle fiscalité pour des actions minières ?

Cotées hors Europe, elles se détiennent en compte-titres : 12,8 % d'impôt plus 18,6 % de prélèvements sociaux depuis 2026 (31,4 %) sur les plus-values et dividendes, plus une retenue à la source étrangère sur les dividendes. L'ETC or alloué en assurance vie relève, lui, de la fiscalité de l'assurance vie.

Faut-il purifier les dividendes d'une minière conforme ?

Oui, pour la fraction correspondant aux revenus non conformes (intérêts perçus sur la trésorerie, par exemple) : si ces revenus représentent 2 % du chiffre d'affaires, 2 % des dividendes reçus sont à donner. Ce ratio se calcule à partir du compte de résultat, faute de publication par la société.

Une minière qui emploie des sociétés de sécurité privée armées reste-t-elle conforme ?

Les filtres sectoriels (AAOIFI n° 21, MSCI Islamic, S&P Shariah) raisonnent en revenus : ils excluent les fabricants d'armes, pas les entreprises qui achètent des services de sécurité armée ou financent la police locale sur leurs sites. Un verdict « conforme » ne dit donc rien de ces pratiques. Ce n'est pas un critère de fiqh formalisé, mais une question de cohérence que chaque investisseur tranche pour lui-même ; les rapports annuels aux Voluntary Principles et le Business & Human Rights Resource Centre permettent de la documenter.

Vaut-il mieux une minière ou un ETC or ?

Pour la très grande majorité des investisseurs, l'ETC or physique alloué et ségrégué : aucune analyse récurrente, pas de dette dans la structure, corrélation directe au métal, et accès en assurance vie. Les minières apportent un levier sur le prix de l'or, à la hausse comme à la baisse, et se conçoivent en complément, pour qui accepte de vérifier la conformité à chaque trimestre.

Ce qu'il faut retenir

Peut-on investir dans les minières d'or en restant conforme ? Oui, titre par titre, à condition de traiter chaque société comme une entreprise à analyser — dette, liquidités, revenus accessoires, couverture — et non comme de l'or par procuration, et d'accepter que le verdict change avec les bilans et avec le référentiel choisi. Les royalties ne sont pas le raccourci qu'on présente, la fiscalité du compte-titres s'est alourdie en 2026, et aucun ETF de minières conforme n'existe à notre connaissance. L'ETC or physique alloué reste la voie simple ; les minières, un complément pour investisseurs disposés à faire le travail. Prochaine étape : si un titre vous tente, passez ses quatre chiffres de bilan dans notre vérificateur de conformité et appliquez la règle des deux heures. Le cabinet peut vous aider à situer l'or — physique, ETC ou minières — dans votre allocation, lors d'un premier échange sans engagement.

Site édité par EXP Capital (SASU, ORIAS n° 25005915).

Informations fournies à titre indicatif, non contractuelles. Les sociétés citées le sont à titre d'illustration ; aucune mention ne constitue une recommandation d'achat ou de vente.

Sébastien Petrisot

Sébastien Petrisot

Co-fondateur & Spécialiste Allocation et Conformité Shariah

"L'extraction de l'or est intrinsèquement licite, mais sa structure de financement ne l'est pas toujours. La méthodologie AAOIFI offre le cadre rigoureux indispensable pour déceler la présence de dette ou de hedging non conformes au sein des bilans miniers."

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