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Donner de son vivant : donation islamique et Code civil français

3 min de lecture·

Les 3 formes de donation (manuelle, notariée, donation-partage), abattements fiscaux 2026 (100 000 € par parent par enfant), le cas Mourad et la donation-partage comme seul outil qui réconcilie intentions islamiques et droit français.

Mourad a trois enfants : deux garçons et une fille. Il veut respecter les règles islamiques en

donnant davantage à ses garçons. Mais sa fille, française, connaît ses droits. Son mari lui dit de ne

rien faire de son vivant pour éviter tout conflit. Sa femme dit de tout donner maintenant. Cette

situation — ou une variante — je la rencontre une fois par mois dans mon cabinet.

Et à chaque fois, la réponse n'est ni de ne rien faire, ni de tout donner sans réfléchir. La réponse

est : comprendre les trois formes de donation, leurs effets juridiques, et choisir la bonne

combinaison.

Ce sur quoi l'Islam et le Code civil sont d'accord

Sur un point fondamental, les deux systèmes convergent : donner de son vivant est préférable à

laisser ses héritiers se battre après votre mort. La tradition islamique encourage la générosité de

son vivant (sadaqa continue, transmission de son vivant avec baraka). Le Code civil français, via la

donation-partage, organise cette transmission anticipée de façon équitable et opposable à tous.

Ce point de convergence est la porte d'entrée vers une planification qui satisfait les deux cadres.

Les 3 formes de donation

Forme 1 — La donation manuelle

C'est le don direct, sans acte notarié : vous remettez de l'argent ou un bien meuble (bijoux,

véhicule) à votre enfant. C'est valable juridiquement et ne nécessite pas d'acte. La remise peut

être en espèces, par virement ou par remise de l'objet.

L'avantage est la simplicité et l'immédiateté. La limite principale : si vous donnez davantage à un

enfant qu'à un autre sans acte officiel, les autres peuvent exiger un rapport à la succession après

votre décès (principe d'égalité entre héritiers ab intestat). Un don non officiel peut être « rapporté »

à la succession et rééquilibré.

Sur la question islamique de l'inégalité entre enfants de son vivant, les avis divergent : certains

scholars exigent une égalité stricte de son vivant (la différence de parts s'applique uniquement à la

succession), d'autres autorisent les différences justifiées avec accord des concernés. Nous

exposons les deux positions sans trancher.

Forme 2 — La donation notariée

Un acte notarié qui officialise le don. Obligatoire pour les biens immobiliers. Permet de stipuler des

clauses importantes : condition de remploi (l'argent ne peut être utilisé que pour un usage précis),

clause de retour conventionnel (le bien revient à vous si l'enfant décède avant vous), inaliénabilité

temporaire.

Abattement fiscal 2026 : 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Un

couple peut donc transmettre 200 000 € par enfant sans droits de donation. Pour 3 enfants : 200

000 × 3 = 600 000 € transmissibles sans imposition.

Au-delà de l'abattement, les droits de donation sont progressifs : 5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % jusqu'à

12 109 €, 15 % jusqu'à 15 932 €, puis 20 % jusqu'à 552 324 €, 30 % jusqu'à 902 838 €, 40 %

jusqu'à 1 805 677 €, et 45 % au-delà.

La donation notariée est compatible avec les intentions islamiques à condition de réfléchir aux

montants et aux bénéficiaires. Elle officialise, protège et pacifie.

Forme 3 — La donation-partage

C'est la forme la plus puissante — et la moins utilisée faute d'information. Elle permet de partager

votre patrimoine entre tous vos héritiers de votre vivant, avec l'accord écrit de chacun, devant

notaire, avec fige des valeurs à la date de la donation (pas de réévaluation au décès selon les

règles normales de rapport).

L'intérêt pour une famille islamique est majeur : vous pouvez organiser une répartition qui reflète

vos intentions islamiques, avec le consentement explicite de chaque héritier. Ce consentement —

validé par acte notarié — est beaucoup plus difficile à contester après votre décès qu'une simple

donation unilatérale.

C'est la seule forme qui peut, avec l'accord de tous, se rapprocher d'une répartition

islamique tout en restant juridiquement solide en France.

Récapitulatif des abattements fiscaux 2026

LienAbattement par donateurRenouvellementMontant max couple → enfant
Parent → enfant100 000 €Tous les 15 ans200 000 € par enfant
Grand-parent → petit-enfant31 865 €Tous les 15 ans63 730 € par petit-enfant
Arrière-grand-parent → arrière-petit-enfant5 310 €Tous les 15 ans10 620 €
Frère/sœur15 932 €Tous les 15 ans

Source : CGI, abattements en vigueur 2026. À vérifier annuellement — les seuils peuvent être ajustés.

Le cas Mourad — ce qu'on a fait ensemble

Avec Mourad, on a commencé par ce qu'il voulait vraiment : s'assurer que sa fille était protégée

(revenus plus faibles que ses frères) et que ses garçons étaient traités équitablement entre eux.

Solution en deux temps : une donation-partage avec montants égaux pour les trois enfants (dans

l'abattement de 100 000 € chacun, soit 300 000 € sans droits). Puis, via l'assurance vie islamique

avec clause bénéficiaire réfléchie, une désignation qui tient compte de la différence islamique de

parts — avec l'accord explicite de la fille, qui a compris et accepté la logique. Le notaire a consigné

l'ensemble de la démarche.

Résultat : aucun conflit possible après le décès, une transmission organisée, et une cohérence

entre intentions islamiques et sécurité juridique française — obtenue par une journée de travail

notarial et deux rendez-vous patrimoniaux.

Vous souhaitez organiser vos donations de votre vivant selon vos intentions islamiques ? Premier échange offert.

Site édité par EXP Capital (SASU, ORIAS n° 25005915).

Informations fournies à titre indicatif, non contractuelles.

A.P.

A.P.

Co-fondateur & Conseiller en Gestion de Patrimoine

"Anticiper sa transmission de son vivant par la donation-partage permet de concilier les règles du droit civil français (réserve héréditaire) avec vos intentions éthiques et successorales."

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