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Conformité

Bitcoin et cryptomonnaies : sont-elles compatibles avec l'Islam ?

6 min de lecture·

En bref — Il n'existe pas de consensus unique sur le Bitcoin en finance islamique. Le Conseil des Oulémas d'Indonésie (MUI) a jugé en 2021 son usage comme monnaie non conforme (gharar, incertitude), tout en autorisant sa détention comme actif numérique d'investissement sous conditions strictes. L'AAOIFI n'a, à ce jour, publié aucune position définitive et appelle à davantage de recherche. Ce qui fait consensus : la zakat s'applique sur les cryptoactifs détenus, et la fiscalité française a changé au 1er janvier 2026 (flat tax à 31,4 %, nouvelles obligations déclaratives DAC8).

C'est probablement la question qu'on nous pose le plus souvent sans qu'on y réponde clairement : le Bitcoin est-il halal ? La réponse honnête est qu'il n'y a pas de réponse unique — et se méfier de quiconque vous en donne une avec une certitude absolue, dans un sens comme dans l'autre.

Voici les positions savantes documentées, le cadre réglementaire français actuel, et la distinction technique qui compte le plus : celle entre le Bitcoin et les cryptoactifs à rendement.

Main consultant un graphique de cours du Bitcoin sur une tablette numérique

Que dit le Conseil des Oulémas d'Indonésie (MUI) sur la cryptomonnaie ?

Lors de son 7ᵉ Ijtima des Oulémas (9-11 novembre 2021), la commission des fatwas du MUI a tranché en deux temps : l'usage de la cryptomonnaie comme monnaie d'échange est jugé haram, car il comporte du gharar (incertitude excessive) et du dharar (préjudice potentiel), et contredit le droit monétaire indonésien en vigueur. En revanche, la détention de cryptoactifs en tant qu'actif numérique d'investissement est jugée permise, à condition que l'actif présente une utilité claire, un sous-jacent identifiable et ne relève pas d'une spéculation pure. Voir la position du MUI (mui.or.id) →

Cette distinction — monnaie d'échange vs actif d'investissement — revient dans plusieurs analyses savantes internationales, même si les conclusions varient d'un scholar à l'autre sur où placer exactement le curseur.

Pourquoi certains scholars restent réservés sur le Bitcoin

Les objections les plus fréquentes portent sur trois points : l'absence de valeur intrinsèque ou d'adossement à un actif productif (contrairement à une action ou un sukuk qui représente une part d'une activité économique réelle) ; la volatilité extrême, qui nourrit selon certains une logique de maysir (spéculation assimilable au jeu de hasard) ; et l'absence de reconnaissance comme monnaie légale dans la plupart des juridictions, qui fragilise son statut de réserve de valeur stable.

À l'inverse, les positions plus favorables soulignent la rareté programmée du Bitcoin (21 millions d'unités, calendrier d'émission connu et non manipulable), l'absence de dette ou d'intérêt dans son fonctionnement, et son rôle de réseau d'échange décentralisé sans intermédiaire prêteur — des arguments qui, pour ces scholars, rapprochent le Bitcoin d'un mal (bien ayant une valeur reconnue par une communauté d'utilisateurs) plutôt que d'un pur objet spéculatif.

L'AAOIFI, organisme de référence pour les standards de conformité islamique, n'a pas publié à ce jour de norme définitive sur les monnaies numériques et appelle à des travaux de recherche complémentaires — un signe que le sujet reste activement débattu plutôt que tranché.

Tous les cryptoactifs posent-ils la même question ?

Non, et c'est une nuance essentielle trop souvent absente des débats en ligne. Le Bitcoin, pur actif sans rendement intégré ni dette, ne pose pas le même type de problème que :

  • les jetons de plateformes de lending crypto qui rémunèrent le dépôt par un taux fixe garanti — une structure assimilable au ribâ, quel que soit le nom donné au « rendement » ;
  • certains protocoles de finance décentralisée (DeFi) qui promettent un rendement garanti sur des liquidités bloquées — même logique problématique ;
  • les jetons adossés à des activités non conformes (jeux d'argent en ligne, plateformes de paris) — disqualifiés sur le fond de l'activité, indépendamment de la technologie blockchain.

Traiter « toutes les cryptos » comme un bloc unique revient à mélanger des questions de nature différente : le débat sur le Bitcoin est un débat sur l'incertitude et la valeur ; le débat sur le lending crypto est un débat, plus tranché, sur l'intérêt.

Quelle fiscalité en France en 2026 ?

Trois changements s'appliquent aux détenteurs de cryptoactifs en France cette année :

  • Le Prélèvement Forfaitaire Unique sur les plus-values est passé à 31,4 % au 1er janvier 2026 (contre 30 % auparavant), suite à la hausse de la CSG votée en loi de financement de la sécurité sociale.
  • La directive européenne DAC8 impose désormais aux plateformes régulées de transmettre aux autorités fiscales l'identité du titulaire, sa résidence fiscale et le détail de ses opérations (cessions, conversions, transferts).
  • Le règlement européen MiCA entre dans sa phase finale au 1er juillet 2026 : le statut de Prestataire de Services sur Actifs Numériques (PSAN) est progressivement remplacé par le nouveau statut européen de Prestataire de Services sur Crypto-actifs (CASP), avec une échéance de transition fixée au 30 juin 2026.

Voir les repères officiels sur economie.gouv.fr →

Et la Zakat sur les cryptoactifs détenus ?

Sur ce point précis, la doctrine converge davantage : les cryptoactifs détenus à des fins d'investissement sont traités comme un bien commercial zakatable. La valorisation se fait au cours de marché à la date anniversaire (hawl), et le taux de 2,5 % s'applique dès lors que la valeur atteint le nisab. Pour le détail du calcul sur un portefeuille complet (ETF, SCPI, assurance vie, et donc cryptoactifs), voir notre guide pratique du calcul de la Zakat.

Foire aux questions

Le Bitcoin est-il halal ou haram ?

Il n'existe pas de position unique et definitive. Plusieurs autorités et scholars contemporains distinguent son usage comme monnaie d'échange (plus contesté) de sa détention comme actif d'investissement (davantage toléré sous conditions). Formez votre position en connaissance des arguments des deux côtés plutôt qu'en suivant une affirmation isolée.

Le trading à haute fréquence de cryptomonnaies pose-t-il un problème spécifique ?

Oui, davantage que la détention long terme. La spéculation à très court terme, sans intention d'usage ou de conservation, rapproche la pratique du maysir évoqué par plusieurs scholars — indépendamment même du statut de l'actif sous-jacent.

Le staking de cryptomonnaies est-il comparable au Bitcoin ?

Non. Le staking, qui rémunère le blocage de jetons par un rendement souvent annoncé à l'avance, se rapproche davantage d'un mécanisme de rendement garanti — une question distincte de celle du Bitcoin lui-même, qui n'intègre pas nativement de mécanisme de ce type.

⚠️ Information fournie à titre indicatif et pédagogique, non contractuelle. Les positions savantes évoluent et divergent ; ce contenu expose plusieurs lectures sans trancher à votre place. La fiscalité est susceptible d'évoluer. Site édité par EXP Capital (SASU, ORIAS n° 25005915). Conseil en investissement réalisé sous mandat d'Épargne Plurielle, CIF, ORIAS n° 16003696, adhérent CNCEF.

Alexandre Pollet

Alexandre Pollet

Co-fondateur & Conseiller en Gestion de Patrimoine

"Sur ce sujet précis, notre rôle n'est pas de trancher à votre place mais de vous présenter les arguments des deux côtés avec la même rigueur. C'est une décision de conscience personnelle, pas un produit qu'on vous vend."

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