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Chef d'entreprise sans retraite classique : comment préparer sa sortie en finance halal

6 min de lecture·

En bref : un salarié cotise, souvent sans y penser, à une retraite d'entreprise complémentaire à la charge partielle de son employeur. Un chef d'entreprise ou gérant majoritaire (TNS) n'a rien de tel par défaut — il doit construire lui-même ce pilier. La bonne nouvelle : le plafond de déduction du PER individuel pour un TNS suit une formule différente de celle d'un salarié, et devient nettement plus généreuse au-delà d'un certain niveau de revenu professionnel.

Beaucoup de chefs d'entreprise qui nous consultent partagent le même constat, après quinze ou vingt ans à la tête de leur activité : le chiffre d'affaires s'est stabilisé, parfois la fatigue s'installe, et ils réalisent qu'ils n'ont rien construit en dehors de leur société pour leurs vieux jours. C'est une situation très différente de celle d'un salarié — et elle appelle une méthode différente.

Le angle mort du dirigeant : pas de retraite d'entreprise par défaut

Un salarié classique cotise obligatoirement à une caisse de retraite de base, et bénéficie souvent d'un dispositif de retraite supplémentaire d'entreprise (PER obligatoire, ex-article 83), abondé au moins en partie par l'employeur. Un travailleur non salarié (TNS) — commerçant, artisan, profession libérale, gérant majoritaire de SARL affilié à la Sécurité sociale des indépendants — cotise lui aussi à un régime de base et à un régime complémentaire obligatoire, mais sans équivalent du PER d'entreprise abondé par un tiers. Le seul pilier supplémentaire disponible, c'est celui qu'il construit lui-même.

Le PER individuel TNS : un plafond de déduction différent, et souvent plus généreux

Le plafond de déduction d'un PER individuel pour un TNS ne suit pas la même formule que celui d'un salarié. Il combine deux composantes cumulatives, fixées par l'article 163 quatervicies du Code général des impôts : 10 % du bénéfice imposable de l'année, dans la limite de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), plus 15 % supplémentaires sur la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 fois le PASS.

Pour 2026, avec un PASS fixé à 48 060 €, cela donne un plafond minimum de 4 806 € (10 % du PASS, applicable même en l'absence de bénéfice) et un plafond maximum de 88 911 €, atteint pour un bénéfice imposable de 384 480 € (8 × PASS). Autre évolution récente à connaître : la durée de report du solde de plafond non utilisé est passée de 3 à 5 ans depuis le 1er janvier 2026.

TNS vs salarié : le comparatif

CritèreSalariéTNS / gérant majoritaire
Formule10 % des revenus nets N-1, dans la limite de 8 × PASS N-110 % du bénéfice N (dans la limite de 8 × PASS N) + 15 % de la tranche 1-8 × PASS N
PASS de référence 2026PASS 2025 = 47 100 €PASS 2026 = 48 060 €
Plafond minimum4 710 €4 806 €
Plafond maximum37 680 €88 911 €
Report du solde non utilisé3 ans5 ans (depuis le 1er janvier 2026)

Chiffres 2026 vérifiés (PASS, article 163 quatervicies du CGI). Voir aussi notre guide du PER halal pour le détail complet du régime salarié.

Exemple chiffré

Situation type construite pour illustrer le calcul, à partir de paramètres réalistes — ce n'est pas un cas réel ni une recommandation personnalisée.

Farouk, 54 ans, gérant majoritaire d'une SARL de conseil, dégage un bénéfice imposable de 80 000 € en 2026.

  • Première tranche : 10 % × 80 000 € = 8 000 €.
  • Seconde tranche : 15 % × (80 000 € − 48 060 €) = 15 % × 31 940 € = 4 791 €.
  • Plafond total déductible : 8 000 € + 4 791 € = 12 791 € sur l'année.

Vendre son entreprise ou construire une rente en parallèle ? Deux logiques à ne pas confondre

Beaucoup de dirigeants comptent implicitement sur la vente de leur entreprise pour financer leur retraite. C'est un plan légitime, mais qui concentre tout le risque sur un seul actif : la valeur de cession dépend du marché au moment de la vente, de la conjoncture du secteur, et de la capacité à trouver un repreneur dans de bonnes conditions — des paramètres hors de contrôle au moment où on en a le plus besoin. Construire un PER et une assurance vie islamiques en parallèle, alimentés indépendamment de la valeur de l'entreprise, diversifie ce risque de concentration plutôt que de tout faire reposer sur une seule transaction future.

Et la Zakat sur l'entreprise dans tout ça ?

Un dirigeant qui prépare sa retraite doit garder à l'esprit que son entreprise elle-même (stock, trésorerie, créances) reste soumise à la Zakat al-Tijara chaque année, indépendamment de l'épargne retraite personnelle construite en parallèle — les deux obligations coexistent et se calculent séparément. Voir notre guide de la Zakat sur l'entreprise et les parts sociales.

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FAQ — Retraite du chef d'entreprise en finance halal

Un gérant majoritaire de SARL est-il vraiment considéré comme TNS ?

Oui. Le gérant majoritaire d'une SARL (détenant, avec son foyer, plus de 50 % des parts) est affilié au régime des travailleurs non salariés, avec le régime de déduction PER décrit ci-dessus. Un gérant minoritaire ou égalitaire, en revanche, relève du régime assimilé salarié et suit la formule salarié classique.

Que se passe-t-il si mon bénéfice varie beaucoup d'une année sur l'autre ?

Le plafond se recalcule chaque année sur le bénéfice réel de l'année en cours. Une bonne année ouvre un plafond plus large ; une année plus faible ramène le plafond vers son minimum (10 % du PASS). Le report du solde non utilisé sur 5 ans permet de lisser ces variations d'une année à l'autre.

Le PER individuel TNS donne-t-il accès aux mêmes fonds islamiques que le PER salarié ?

Oui. C'est la même enveloppe contractuelle et le même catalogue de fonds — seule la règle de calcul du plafond de déduction diffère selon le statut professionnel du souscripteur.

Faut-il tout miser sur le PER plutôt que sur une assurance vie ?

Non. Le PER bloque les fonds jusqu'à la retraite (hors cas de déblocage anticipé, dont l'acquisition de la résidence principale), tandis que l'assurance vie reste disponible à tout moment. Un dirigeant a généralement intérêt à combiner les deux plutôt qu'à choisir l'un contre l'autre.

Dois-je continuer à cotiser au régime complémentaire obligatoire des indépendants en plus du PER ?

Oui, ce sont deux dispositifs distincts et non substituables : les cotisations obligatoires (régime de base et complémentaire) sont dues indépendamment de tout versement volontaire sur un PER individuel, qui reste une démarche supplémentaire et facultative.

Ce qu'il faut retenir

Un chef d'entreprise ou gérant majoritaire ne bénéficie d'aucun pilier retraite d'entreprise par défaut — mais dispose, en contrepartie, d'un plafond de déduction PER individuel structurellement plus généreux qu'un salarié équivalent au-delà d'un certain niveau de bénéfice. Construire ce pilier en parallèle de l'entreprise, plutôt que de compter uniquement sur sa revente, reste la meilleure protection contre un risque de concentration que peu de dirigeants anticipent avant qu'il ne soit trop tard.

⚠️ Information fiscale fournie à titre indicatif. Chiffres 2026 vérifiés (PASS, article 163 quatervicies du CGI) au moment de la rédaction ; les plafonds sont révisés chaque année. Site édité par EXP Capital (SASU, RCS Versailles 987 986 247, ORIAS n° 25005915). Toute décision doit être précédée d'une analyse personnalisée de votre situation par un conseiller habilité.

A.P.

A.P.

Co-fondateur & Conseiller en Gestion de Patrimoine

"La plupart des dirigeants découvrent ce plafond bien plus généreux que celui d'un salarié par hasard, en fin de carrière. Le calculer dix ans plus tôt change tout."

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